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Métiers et savoir-faire

Exposition.

Etincelles de lumière jaillissant du fond d’une mine de Serbie signées Sladjana Stankovic, mécanicienne de la RATP aux mains noircies de cambouis vue par Lily Franey, taxidermistes missionnés pour sauver la collection du jardin zoologique de Paris captés par François le Diascorn, massages ayurvédiques transmis de générations en générations photographiés par Hervé Bruhat, assemblage de la fusée Ariane V de Christian Avril, les photographes du collectif Chambre Noire explorent, à travers cette exposition, les problématiques du monde professionnel des quarante dernières années.
Aux progrès scientifiques époustouflants, à l’éducation pour tous, à la diffusion du savoir instantané s’ajoutent cependant des inquiétudes sociétales. On se souvient tous de la scène allégorique du film de Charlie Chaplin, Les Temps modernes, où le héros, victime du taylorisme, serre les boulons d’engrenages gigantesques à des cadences de plus en plus rapides. Visionnaire, la scène contenait en germes tous les thèmes développés aujourd’hui par nos chercheurs en sciences humaines : souffrance au travail, disparition de l’artisanat, aliénation de l’homme à sa machine, passage du local au global, hégémonie des multinationales.
Conscients des mutations profondes du monde du travail et des enjeux à venir, les photographes de Chambre noire ont choisi avant tout de nous donner à voir, au plus près de leurs sujets, sans édulcoration ni emphase. En outre, les reportages, réalisés à Paris, en Europe, en Afrique ou en Asie, certains en 1978, d’autres au tournant du siècle ou encore aujourd’hui, dialoguent et se complètent. Ainsi, les images de François Lepage, réalisées en 2008, sur la filière du coton biologique au Mali, semblent répondre à celles de Christian Avril sur les dernières filatures du nord de la France, datées de 1981. Ce dernier met également en parallèle la transmission par l’apprentissage, à trente ans d’intervalle. Lily Franey témoigne de la féminisation du travail tandis qu’Hervé Gloaguen nous donne le vertige avec ses ouvriers en équilibre sur des poutrelles, à 100 mètres de hauteur. Fouad Houiche capte les gestes des artisans de la restauration orientale, ceux qui séduisent nos papilles, tandis que ceux qui enchantent nos pupilles, les opérateurs de cinéma, sont immortalisés par Thierry Nectoux dans une rapsodie d’ombres et de lumières. Valérie Winckler choisit pour sa part les nuances subtiles du blanc pour nous raconter comment les mains des potiers de la Manufacture de Sèvres donnent forme à l’argile.
Au-delà de leur mission documentaire, les photographes de Chambre noire s’accordent aussi à laisser le hasard ou la fantaisie faire irruption dans leurs images. Le taxidermiste photographié par François Le Diascorn s’avère aussi être un jongleur ; l’ouvrier évoluant sur le toit du CNIT de la Défense paraît, dans l’objectif de Jean-Claude Gautrand, escalader quelque glacier elliptique. Tel un marionnettiste, un opérateur de réseau EDF saisi par Hervé Gloaguen émerge d’une carte de France de 5 mètres de hauteur, dans la région de la Loire. Photographes désinvoltes ? Non, c’est juste leur façon à eux d’amener une note d’humour et de poésie dans cette grande fresque des métiers, et de replacer l’être humain au centre du terrain.

Hervé Bruhat

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